Une éternité. Un bail. Une plombe.
Une “escousse”. Un “boutte”.
Des lunes. Des siècles.
Ça fait tout ça, oui.
Je sais.
J’ai déménagé. Dans un nouveau quartier.
J’ai un nouveau poste au travail.
Mon bureau a déménagé.
L’été est arrivé.
J’ai planifié des vacances.
J’ai erré dans ma tête un peu.
J’ai aussi plein de nouveaux amis!
Mais je suis là en ce moment.
Faut apprécier le moment présent (parce que je vais peut-être tarder à revenir, qui sait!?)
Manipulatrice…!
Yooooo! C’est l’été!
Bon, fait ben ben frette ici. Mais on sent que ça voudrait se réchauffer.
La semaine dernière, c’était le 1er mai, la fameuse fête du travail.
Faisait beau. Faisait chaud.
J’y reviendrai.
Mais ce soir, un petit message rapido pour vous parler d’une expérience typiquement berlinoise qu’il m’a été donné de vivre.
Dans le métro. Ligne U8.
Que j’ai depuis rebaptisée la ligne WTF*.
Hermannplatz. 20 h.
Quartier Neukölln.
Je suis sur le quai.
3 minutes avant mon train.
Un groupe de va-nu-pieds (pour de vrai) chante.
“Somewheeeeeeeeeeeere overrrr the raiiinnnnbowww”
La version Ukulele.
Un couple dans la quarantaine les écoute.
Ils n’ont pas de dents dans la bouche.
Mais deux bouteilles de bière.
Et ils fument une clope commune.
Bien que ce soit interdit…
Living on the edge.
La chanson se termine.
Le couple applaudit, se lève, tente quelques pas de danse.
Quelques personnes ont aussi l’air d’apprécier.
Moi je trouve la scène drôle et sympathique.
Je feel peace and love.
Le métro arrive.
J’y monte.
Je partage mon banc avec un jeune graffeur, très, très gelé. Ses deux amis sont sur le banc d’à côté. Ils parlent fort, font semblant d’être emmerdants, mais on est dans le métro WTF alors tout le monde s’en fout.
Derrière moi, le groupe de va-nu-pieds a repris sa chanson.
Tambourin. Ukulele.
On n’a pas r’gardé à dépense, tsé.
Le couple sans dents danse. Dans l’allée, entre les bancs.
La madame est tellement heureuse, les bras dans les airs.
Elle trippe.
Prochaine station.
Un gars vient s’asseoir à côté de moi. 2 secondes plus tard, il va s’asseoir entre les deux graffeurs (les amis de mon ami de banc… on suit?).
Il commence à leur expliquer : “Hey, les gars… parlez pas si fort… on chilllllllll ici. C’est chilllllllll. Vous allez graffer, je vois vos cans, fait que soyez discrets. Restez coooooooool”
Moi je regarde le tout… genre… kessé tu fais?
Les trois gars font “oui” de la tête.
Ils lui apprennent un peu d’allemand.
Et les voilà copains.
Pendant ce temps, les va-nu-pieds entament “What a wonderful world”.
Un autre couple à la bouche dégarnie entre. Je pense qu’ils connaissent le premier couple.
La femme a des lunettes ultra-giga-grossissantes. Ses yeux sont comme ceux des Sentinelles de l’air.
Elle danse elle aussi (l’autre madame est rendue à l’étape frottage contre le poteau du métro).
La deuxième édentée sort de son sac une petite bouteille de liquide désinfectant (purell).
Et elle en verse sur sa main… puis sur son autre main… puis sur son avant-bras… puis sur son autre avant-bras.
Le purell dégouline sur le plancher. No joke.
Il y en a partout, elle s’étend le truc jusqu’aux épaules (true story).
Et ça dégoûte.
Un jeune qui était venu s’asseoir à côté de moi décide de retourner près de la porte.
Instinct de survie.
Prochaine station : enfin la mienne.
Je sors du wagon.
Crampée.
Tout le monde se regarde genre “fucké, hein!?”
L’impression d’avoir pris le train vers Poudlard…
Ça prend de tout pour faire un monde.
C’est vrai, tsé.
Des édentés. Des musiciens. Des hippies. Des graffeurs. Des intellos qui parlent pas allemand. Des jeunes de 17 ans qui en ont rien à foutre. Des madames qui se désinfectent.
J’aime la vie.
Et quelque part, la vie, ici, elle a quelque chose d’encore sauvage.
And i think to myself, ‘What a wonderful world’
***
*Encore une fois : Môman, “WTF” est un acronyme de l’expression anglaise “What the fuck”, mieux connue en français sous le nom de “Kessé ça, sacrament!?”


















